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Madrid… à la recherche du temps perdu

Catégorie: Shopping 28 août 2017

Bond dans le passé, avec ces vieux commerces au charme désuet, que l’on trouve encore dans le centre de Madrid.

Malgré l’effet d’obsolescence des modes qui passent, on peut encore dénicher à Madrid ces vieux commerces qui arborent toujours et fièrement leur année de naissance sur des linteaux ornés d’une typographie rétro. Ils font figure de résistants, dans un développement urbain tourné vers le futurisme et ont, malgré tout, leur clientèle fidèle, de tous les âges ! Merceries de grand-mères, tailleurs traditionnels, épiceries vieillottes ou boutiques d’articles religieux, ces petites échoppes au charme suranné font encore le bonheur des chineurs et des nostalgiques de produits improbables.

Depuis 1913, la mercerie Pontejos n’a pas pris une ride.

Il y a des recoins, à Madrid, qui évoquent ces années 1950 en noir et blanc, immortalisées par des photographes tels que Francesc Català-Roca ; ou cette après-dictature frileuse, ressuscitée par le feuilleton Cuéntame, véritable phénomène télévisuel qui en est actuellement à sa 19ème saison ! Juste derrière la Puerta del Sol, contrastant avec le joyeux tumulte qui caractérise habituellement cette agora centrale, on trouve un entrelacs de ruelles et de petites places tranquilles qui constituent le « Madrid des Habsbourg »  (le cœur historique de la ville, qui se développa sous les monarques de la Maison d’Autriche espagnole). La place de Pontejos (du nom de Joaquín Vizcaíno, marquis de Pontejos et maire de Madrid entre 1834 et 1836), avec sa fontaine qui clapote agréablement, est certainement plus connue par la présence de merceries « de grand-mères » que par ses origines historiques. On dirait que rien n’a changé, depuis l’ouverture de la mercerie Almacenes de Pontejos, en 1913, ou celle de Almacenes Cobian, il y a plus de 80 ans. Ces deux vénérables établissements font les délices des couturières et autres « manitas » (bricoleuses) avec leurs gondoles surchargées de rubans et de fils de toutes les couleurs, boutons de toutes les formes, dentelles, passementeries et divers articles pour faire de la bijouterie en toc. On y sent cette attention personnalisée à la clientèle « à l’ancienne », avec des vendeuses patientes et professionnelles, et une organisation méticuleuse malgré l’étourdissant stock de produits.

Les boutiques traditionnelles d’art liturgique madrilènes font l’effet d’attractions pour les touristes curieux

Un peu plus loin, on avise une des rares boutiques d’articles religieux qui ont encore pignon sur rue à Madrid (et qui font l’effet d’une véritable attraction « exotique » pour les touristes curieux) : fondée en 1887, Santarrufina conserve sa vitrine d’origine en bois ouvragé. La boutique a survécu aux vicissitudes de l’histoire, ayant souffert de purges anticléricales pendant la guerre civile (on raconte que l’un de ses associés, un religieux nommé Don Maximiliano, fut fusillé pendant les conflits opposants les républicains aux nationalistes). La boutique expose de belles créations de statuaire et d’orfèvrerie sacrées et est aussi spécialisée dans la restauration d’orgues, d’encensoirs (notamment le fameux botafumeiro en argent de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle) et de chasubles brodées, entre autres. Autre curiosité, le couvent des sœurs Carboneras del Corpus Cristi, sur la petite place du Conde de Miranda. On peut y acheter les pâtisseries préparées par les religieuses, au tourniquet en bois, aménagé dans l’édifice. Les sœurs, cloitrées, ne se laissent pas voir et communiquent avec les clients à travers un rideau. On place l’argent sur le tourniquet et on reçoit, en retour, sa boîte de naranjines, biscuits aux amandes, nevaditos, sequillos ou mantecados. Au passage, on peut visiter l’intérieur de cet édifice (fondé en 1607 par Beatriz Ramirez de Mendoza, l’une des dames de compagnie de la reine Anne d’Autriche) qui abrite un retable de style baroque, sculpté par Antón de Morales, et une représentation atypique de la Cène, peinte par Vicente Carducho.

Chez Casa Justo Algaba, tailleur taurin, on trouve des cadeaux originaux d’inspiration taurine.

Même si certains de ces commerces familiaux de vieille souche s’adressent à des niches de clientèle bien spécifiques, ils ne sont pas pour autant réfractaires au changement et adaptent leurs produits à l’air du temps. Ainsi, le tailleur taurin Casa Justa Algaba a diversifié sa production autour du fameux « habit de lumière », en concevant une gamme d’accessoires inspirés du monde de la tauromachie, tels que des sacs à main, des éventails, des bijoux ou même des balerines confectionnées avec des toiles de capote. La modernisation vient souvent de pair avec le renouvellement générationnel aux commandes de ces entreprises : de jeunes artisans n’ont pas peur de « faire du neuf avec du vieux » et c’est là, justement, tout leur attrait. À la Cerería Ortiz, dans le quartier de La Latina, Yolanda est l’héritière d’une fabrique de bougies ouverte en 1887. Reproduisant les techniques utilisées par les quatre générations qui l’ont précédée, elle a transformé un objet, à l’origine purement utilitaire, en un accessoire décoratif, plein de couleurs et avec des formes et des senteurs diverses.

Univers très « Charlie et la chocolaterie », à la confiserie Caramelos Paco (depuis 1934)

Dans le même quartier, sur la Calle de Toledo, on trouve deux boutiques qui attirent les badauds…pour des raisons bien différentes ! Caramelos Paco, avec sa vitrine acidulée et ses présentoirs qui évoque l’univers fantastique de Roald Dahl, est l’une des confiseries les plus populaires de la capitale. On y a l’embarras du choix : berlingots, dragées, sucettes, boules de gomme, chewing-gums, bonbons au chocolat, caramels, réglisses, nougats, fruits confits, guimauves… La boutique ne s’est jamais démodée, pour le plus grand bonheur des gourmands (et des dentistes !). Un peu plus loin, la devanture de Corsetería La Latina déclenche quelques ricanements bébêtes. Cet établissement, spécialisé dans la lingerie extra-large, depuis 1925, a même figuré dans le Guinness des Records pour y avoir vendu un soutien-gorge de 2,5 m d’envergure, qui était exposé dans la vitrine. On pourra toujours dire que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes…

Des boutiques de lingerie comme on n’en voit (presque) plus…

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