Liam Aldous Liam Aldous

Dix séquences phares des films d’Almodóvar à Madrid

Categories: Divertissement 11 avril 2016

La « Corona de Espinas », La piel que habito, 2011

La « Corona de Espinas », La piel que habito

Pedro Almodóvar est fin prêt pour la première de son dernier film, Julieta. Une fois de plus, la capitale espagnole sera la toile de fond éclectique qui caractérise si bien le cinéaste. Des décennies durant, le maître de La Manche a tissé ses histoires cinématographiques à travers les rues de Madrid ; il a capturé le tableau animé des contrastes flagrants de la métropole, de ses personnalités singulières et de sa métamorphose subtile en capitale européenne moderne. Un marathon de films d’Almodóvar s’apparente à une lettre d’amour inconditionnel pour sa ville natale d’adoption, et offre une opportunité idéale de prendre conscience de la transformation de la capitale. Si vous souhaitez passer de l’autre côté de l’écran pour découvrir Madrid en adoptant la perspective de l’un des réalisateurs espagnols les plus célèbres, nous vous suggérons ci-dessous dix lieux de références madrilènes pour tracer votre itinéraire.

Bar La Bobia, Le Labyrinthe des passions

Bar La Bobia, Le Labyrinthe des passions

1. Bar La Bobia (Le Labyrinthe des passions, 1982)

Calle San Millán 3

Dans l’un de ses premiers longs-métrages, Almodóvar décrit avec force détails le bar La Bobia. Ce célèbre bar fut l’un des lieux phares du mouvement culturel alternatif de la Movida. Il est situé à proximité du Rastro, qui se transforme en un labyrinthe des passions différent chaque dimanche, sous l’apparence d’un marché aux puces. Le bar est présent dès le début du film : les deux personnages Riza Niro (Imanol Arias) et Sexi (Cecilia Roth) s’y assoient pour fumer en terrasse. À ses heures de gloire, il incarnait le microcosme parfait de l’esprit bouillonnant de la Movida madrilène, fréquenté par l’avant-garde des écrivains, rockeurs, musiciens, punks et peintres de la ville. Après avoir été fermé un certain temps, il a récemment rouvert ses portes sous la même enseigne, mais c’est désormais un bar beaucoup plus sage proposant un choix somptueux de plats des Asturies, sans la moindre crête punk à l’horizon.

Le viaduc de Ségovie (Matador

Le viaduc de Ségovie, Matador

2. Le viaduc de Ségovie (Matador, 1986; Étreintes brisées, 2009 ; Les Amants passagers, 2013)

Calle de Bailén

De si nombreux films d’Almodóvar montrent ce pont emblématique qu’il est devenu en quelque sorte un élément fondamental de sa filmographie. Beaucoup d’aficionados des films de l’artiste pensent qu’il incarne une allégorie de la mort en raison de son histoire dramatique. Il est apparu pour la première fois dans Matador – un film qui explore la fine ligne qui sépare la passion et la mort. Plus tard, dans Étreintes brisées (2009), le personnage de Lluis Homar vit dans un appartement dans la rue Segovia, juste en dessous du viaduc ; dans la comédie Les Amants passagers, cet imposant pont est l’un des rares décors extérieurs du film, quand les actrices Blanca Suárez, Carmen Machi et Paz Vega sont réunies par une série de fâcheuses coïncidences. La visite du pont vaut le détour, car s’il est le point de jonction vital entre le vieux quartier et le Palais royal, il offre également une magnifique vue sur le sud de la ville.

Centre culturel Conde Duque (La Loi du désir

Centre culturel Conde Duque, La Loi du désir

3. Centre culturel Conde Duque (La Loi du désir, 1987)

Calle Conde Duque 9-11

Lorsque le personnage de Carmen Maura dans La Loi du désir marche dans une rue déserte par une de ces nuits suffocantes typiques de l’été madrilène, elle crie à un nettoyeur de rue : « Arrosez-moi ! Allez-y! ». Tandis qu’il l’arrose au jet d’eau, son personnage entre en extase et se métamorphose ; les Madrilènes qui connaissent bien la chaleur nocturne des pavés de leur ville partageront sûrement son euphorie. La scène fut tournée rue Conde Duque, alors en travaux et pleine d’échafaudages (ce qui nous donne une piste sur la transformation future du quartier). Aujourd’hui, la rue Conde Duque et le quartier environnant appartiennent à l’une des zones les plus élégantes de Madrid, où l’on trouve quelques-uns des meilleurs restaurants, cafés et commerces. La façade ornementée devant laquelle Carmen Maura s’arrête pour être aspergée est en réalité l’ancienne caserne de la Garde royale qui est devenue, après une longue rénovation, le Centre culturel Conde Duque.

Villa Rosa, Talons aiguilles

Villa Rosa, Talons aiguilles

4. Villa Rosa (Talons aiguilles, 1991)

Plaza de Santa Ana, 15

Letal, la drag-queen interprétée par Miguel Bosé dans Talons aiguilles se produit dans cet endroit extravagant ; dans la vraie vie, il s’agit du célèbre cabaret flamenco Villa Rosa. Les carreaux de faïences minutieusement décorés recouvrant la façade s’accordent à la perfection avec un intérieur de style traditionnel ainsi qu’avec l’exubérance des artistes qui animent sa scène chaque jour. Après le spectacle, installez-vous sur l’une des nombreuses terrasses de la plaza de Santa Ana contiguë pour déguster un tinto de verano (vin rouge limé) et observez l’incontournable drame quotidien qui a lieu devant vous sur la place.

Plaza de La Paja, La Fleur de mon secret

Plaza de La Paja, La Fleur de mon secret

5. Plaza de La Paja (La Fleur de mon secret, 1995)

Plaza de La Paja

Cachée dans le quartier animé de La Latina, la plaza de La Paja est l’une des places les plus pittoresquesde Madrid. Ici, pas de vue à couper le souffle sur l’horizon de la ville. Au lieu de cela, des chaises de terrasses où les insatiables habitants du quartier se retrouvent pour dévorer de succulentes tapas ou un menu du jour qui remporte tous les suffrages. Parsemée d’arbres et entourée de bâtiments historiques, la place remplissait fort bien son rôle d’adresse emblématique de Marisa Paredes dans La Fleur de mon secret. Le film comporte également une scène mémorable de danse sur l’une des plus fameuses places de Madrid (la Plaza Mayor), mais contrairement à ce qui se passe dans le film, il est peu probable que vous ne voyiez un jour ce site si populaire désert.

Taberna Ángel Sierra, La Fleur de mon secret

Taberna Ángel Sierra, La Fleur de mon secret

6. Taberna Ángel Sierra (La Fleur de mon secret, 1995)

Calle de Gravina 11

La Fleur de mon secret met en scène l’un des bars les plus prisés et les plus anciens de Madrid, où les personnages de Marisa Paredes, Leo Macías et leur amie Betty (interprétée par Carme Elías) ont rendez-vous pour dîner. Vingt-et-un ans après la sortie du film, le bar ne semble pas avoir changé d’un iota – ce qui semble ravir les serveurs élégamment vêtus au visage empreint de sagesse. La meilleure façon d’apprécier ce bistrot (et sans doute Madrid) est de commander une pression, un vermouth et des mini-brochettes, puis d’observer ce qui se passe sur la place de Chueca juste devant vous. Le quartier aux alentours a beaucoup changé depuis le jour où le personnage d’Antonio Banderas dans Attache-moi ! (1989) nous donnait une vision de la sordidité et de la misère qui souillaient les rues de Chueca dans les années 1980 et 1990 ; aujourd’hui, c’est l’un des quartiers les plus populaires de Madrid et le foyer sentimental du mouvement LGBT de la ville.

Cine Doré, Parle avec elle

Cine Doré, Parle avec elle

7. Cine Doré (Parle avec elle, 2002)

Calle de Santa Isabel 3

L’un de ses films les plus célèbres recèle une scène clef dans le magnifique Cinéma Doré, à quelques mètres de la station de métro Antón Martín, et idéalement situé à proximité du marché très animé d’Antón Martín. Dans le film, Benigno (Javier Cámara) va au cinéma pour voir un vieux film espagnol muet, L’Amant qui rétrécit, qui apparaît plus tard comme un élément décisif pour le développement de l’intrigue. Avec près d’un siècle d’histoire, ce cinéma abrite depuis 1982 la Filmothèque espagnole et il comble toujours son public avec une sélection bien conservée de films espagnols et étrangers en version originale. Son intérieur joliment rénové de bleu brillant et rouge vif insuffle à l’endroit une dose supplémentaire de magie du cinéma et donne l’impression qu’il s’agit de la version espagnole du Cinema Paradiso.

Museo Chicote, Étreintes brisées

Museo Chicote, Étreintes brisées

8. Museo Chicote (Étreintes brisées, 2009)

Gran Vía 12

Ce légendaire bar à cocktails a longtemps attiré comme un aimant les stars du cinéma et les toreros, d’Ava Gardner à Luis Miguel Dominguín. Un rapide coup d’œil au mur nous dévoile une collection de photographies défraîchies qui immortalisent des décennies de noceurs adulés. Almodóvar a choisi ce bar comme décor pour l’une des principales scènes d’Étreintes brisées, dans laquelle le personnage de Blanca Portillo se saoule à grandes rasades de gin-tonic (l’une des boissons les plus populaires de Madrid) avant de révéler finalement un secret vital pour l’intrigue du film. Juste derrière le Museo Chicote (bien que l’on puisse uniquement y accéder depuis le numéro 16 de la rue Reina), vous trouverez le tout aussi mythique Bar Cock, où l’acteur Tamar Novas mixe comme DJ dans le même film.

La « Corona de Espinas » (La piel que habito

La « Corona de Espinas », La piel que habito

9. La « Corona de Espinas » (La piel que habito, 2011)

Calle Pintor El Greco 4

La « Corona de Espinas (en français La couronne d’épines) est l’une des structures méconnues de Madrid et également l’une des plus impressionnantes. Officiellement, il s’agit du siège de l’Institut du Patrimoine culturel espagnol. Cependant, sa forme pointue et circulaire lui a valu le surnom familier de « couronne d’épines ». Pour le voir, vous devrez parcourir un court trajet jusqu’au quartier de Ciudad Universitaria, non loin du quartier central de Moncloa. Cela dit, cette merveille architecturale conçue par le célèbre duo formé par Fernando Higueras et Antonio Miró, mérite cet effort. Almodóvar a utilisé ce bâtiment éclectique pour une scène délicieusement terrifiante de La piel que habito, dans laquelle le personnage d’Antonio Banderas donne une conférence.

Julieta

Julieta

10.  Quartier de Las Salesas (Julieta, 2016)

Calle Fernando VI

Le dernier drame d’Almodóvar, Julieta, se déroule à travers la péninsule Ibérique, de la campagne de Galice aux montagnes des Pyrénées. Pourtant, le réalisateur n’a pas oublié Madrid : il a choisi des rues pittoresques du quartier de Las Salesas pour représenter la ville dans les années 1980. La zone, qui a connu une transformation radicale ces dernières années, fourmillait de monde en août dernier quand le cinéaste et son équipe sont venus tourner quelques scènes avec Emma Suárez dans la rue Fernando VI. À ce que l’on raconte, tandis que le patron grincheux d’un bar ne se laissait pas impressionner, beaucoup de riverains se massaient pour essayer d’apercevoir le tournage et, sans doute se hâteront-ils d’acheter leur place en avril pour voir leur quartier sur grand écran.

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