Le « voyage de l’eau » de Madrid

Catégorie: Art & culture 22 septembre 2016

Vers le milieu du XIXème siècle, Madrid se dota de l’un des systèmes d’alimentation en eau potable les plus avancés technologiquement d’Europe : le Canal d’Isabel II, du nom de la reine qui l’inaugura en 1858.

Le « voyage de l’eau », c’est le joli nom que l’on donne en Espagne aux systèmes d’infrastructures mises en place pour fournir en eau potable les habitants de villes comme Madrid. Suivons aujourd’hui une route d’art et d’histoire dans la capitale pour découvrir une prouesse d’ingénierie hydraulique qui fut l’une des plus importantes en Europe au XIXème siècle.

Dans certaines maisons de Madrid, on peut encore voir des puits, comme ici à la Maison-musée de Lope de Vega, dans le quartier de Huertas…

… ou même dans les patios de vieilles maisons particulières, comme ici, dans le quartier de Tetuán.

À Madrid, l’eau ne manque pas, contrairement à ce que l’on pourrait penser, mais… il faut aller la chercher ! En effet, la ville fut fondée sur un terrain riche en acuifères, que les premiers habitants arabes surent exploiter à l’aide d’un système de khanats ou ces canalisations primitives qui permettait de drainer l’eau des nappes souterraines pour l’amener à la surface. Jusqu’au XIXème siècle, on pouvait encore voir circuler, dans les rues de la capitale, les fameux « aguadores », ces vendeurs d’eau pittoresques qui fournissaient les maisons particulières et qui s’étaient organisés en corporations (datant du Moyen-âge !) autour des 26 fontaines que comptait alors la ville. Diego de Velázquez en fit même le personnage central de l’une de ses œuvres, El Aguador de Sevilla, dont on peut voir une reproduction à l’eau-forte au Musée du Prado (l’original se trouvant à Londres).

L’aqueduc d’Amaniel, dans la rue Pablo Iglesias, l’un des derniers aqueducs encore visibles de l’ancien système de canalisations d’eau Canal Bajo, inauguré en 1858 par la reine Isabel II.

Mais au fil des siècles, avec la croissance constante de sa population, la ville de Madrid dut perfectionner son système d’alimentation en eau potable. Elle construisit plusieurs « voyages de l’eau », dont celui dit « du Palais » qui alimentait justement l’Alcazar de Madrid, l’ancienne résidence de la monarchie espagnole, détruit par un incendie en 1734 et à l’emplacement duquel s’élève aujourd’hui l’imposant Palacio Real. On peut voir des vestiges de ces anciennes canalisations et fontaines des XVIème et XVIIème siècles dans la station de métro Ópera, le plus grand musée archéologique souterrain de Madrid !

Le château d’eau de Chamberí, l’un des fleurons de l’architecture industrielle madrilène, a été transformé en salle d’exposition.

Au début du XIXème siècle, la population de Madrid frisait les 200 000 habitants et le manque d’eau se faisait cruellement sentir… La dotation en eau potable quotidienne et par habitant n’atteignait même pas les 7 litres, d’après les archives municipales.  Juan Bravo Murillo, le Premier ministre de la reine Isabel II, commanda alors une étude aux ingénieurs hydrauliques Juan Rafo et Juan de Ribera. En 1848, ces derniers présentèrent un projet dantesque qui consistait à amener l’eau du fleuve Lozoya au moyen de canalisations et diverses installations (retenues d’eau, réservoirs, fontaines, aqueducs…) sur plus de 70 km de long. Ainsi naquit le fameux Canal de Isabel II, une prouesse d’ingénierie hydraulique, unique en Europe à cette époque ! L’une des pièces maîtresses du Canal fut la construction, en 1911, du premier château d’eau de Madrid, dans le quartier de Chamberí. Aussi bien par ses dimensions (36 mètres au-dessus du sol) que par sa capacité (1 500 m3) et son architecture originale (dans les styles néo-mudéjar et néo-médiéval), il reste l’un des exemples les plus intéressants de l’architecture industrielle madrilène du début du XXème siècle. En 1986, il fut transformé en salle d’exposition, couronnée en 1992 par le Prix du Patrimoine Culturel de l’Union européenne. C’est aujourd’hui une référence à Madrid en matière de divulgation de l’art de la photographie.

Un parc de loisirs de 12 hectares a été installé au-dessus du réservoir 3, en plein cœur de la ville.

Au-dessus du réservoir, un vaste espace vert de 12 hectares a été aménagé avec des structures pour les loisirs de plein-air : des jeux pour les enfants, des cafés avec des terrasses, un restaurant, une piste de footing d’1,5 km, des sentiers pour les promeneurs, des terrains de foot et de padel et un terrain pour la pratique du golf.

Au cours des années 1950, le réservoir 3 fut remplacé par le numéro 4, situé sur la place Castilla, avec un autre château d’eau qui s’inspira des citernes des anciens empires romain et arabe, orné d’arcs et de piliers en briques.

Le réservoir 4 et son château d’eau inspiré des anciennes citernes romaines, aujourd’hui l’une des institutions culturelles les plus importantes de Madrid.

Là aussi, un parc de 45 hectares occupe le « toit » du réservoir, avec une magnifique roseraie-labyrinthe et la Salle d’Exposition Arte Canal, l’une des plus importantes de Madrid. Elle est gérée par la Fondation Canal, une institution culturelle à but non-lucratif qui a comme mission de sensibiliser le public à l’importance d’une gestion durable de cette précieuse ressource. Cette salle a accueilli des expositions prestigieuses telles que la collection en terre cuite des Guerriers de Xi’an, Cléopâtre et la Fascination de l’Égypte, Leonardo Da Vinci, Alexandre le Grand, Hernán Cortés,  Pompéi… La Fondation Canal offre aussi des visites guidées par des experts en Histoire de l’Art, des cycles de musique classique et de conférences… gratuits ! Ce fabuleux patrimoine artistique et culturel, lié à l’histoire de l’eau à Madrid, mérite franchement le détour.

Détails de l’exposition sur Hernán Cortés, à la Salle d’Exposition Arte Canal

Une famille se promène dans la roseraie-labyrinthe du parc du Réservoir 4, sur la place Castilla.

 

 

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