Nathalie Pédestarres Nathalie Pédestarres

Madrid à la Saint-Sylvestre

Categories: Divertissement, Sport 20 décembre 2016

À Madrid, la Puerta del Sol devient l'épicentre des fêtes de la Saint-Sylvestre, avec le rituel des douze grains de raisin, à minuit

À Madrid, la Puerta del Sol devient l’épicentre des fêtes de la Saint-Sylvestre, avec le rituel des douze grains de raisin, à minuit.

À Madrid, l’année finit en beauté avec la fête de la Saint-Sylvestre. La Nochevieja, comme on l’appelle plus communément en Espagne, a comme épicentre la fameuse Puerta del Sol, car, à minuit, une foule dense se réunit face à la Real Casa de Correos pour accomplir le rituel des « douze grains de raisin ». Pour les sportifs, c’est aussi l’occasion de participer à la course de la San Silvestre Vallecana, une tradition qui remonte aux années 1960 et qui réunit, chaque année, près d’un demi-million de personnes, dont pas mal de joyeux lurons déguisés !

Le dernier jour de l’année, c’est l’effervescence dans les marchés alimentaires de Madrid. On fait ses derniers achats au pas de course pour avoir le temps de préparer le dîner de la Saint-Sylvestre, quand on n’a pas réservé une bonne table dans les nombreux restaurants de la capitale qui, pour l’occasion, mettent les petits plats dans les grands. Au menu, que ce soit version traditionnelle ou version nouvelle cuisine, on pourra déguster des plats typiques comme le cochon de lait ou l’agneau grillés, les gambas, la daurade au four, le chou rouge aux fruits secs ou la sopa de almendras (la soupe aux amandes), sans oublier les fameux « raisins de minuit ».

Cette tradition remonterait à 1909 ; on raconte que cette année-là, il y eut un tel excédent de raisins, que les maraîchers de la Puerta del Sol distribuèrent les fruits gratuitement aux badauds. Un anonyme eut alors l’idée de lancer un défi : manger un grain de raisin à chaque coup d’horloge quand sonne minuit. Depuis, la Puerta del Sol perpétue la coutume en accueillant, chaque 31 décembre, une foule compacte et festive, pourvue de raisins et d’un petit coup à boire. Le dicton dit bien : « las uvas por San Silvestre, se comen dulces y se echan fuertes« . Traduction : les raisins, à la Saint-Sylvestre, se mangent sucrés et se servent forts ! Eh oui, c’est la fête et puis il fait froid ! Donc, dès que la sphère dorée du clocher de la Real Casa de Correos commence à descendre, il faut être prêt à croquer et avaler douze grains de raisin à une cadence effrénée d’un grain par seconde, avant de trinquer avec une petite coupe de cava ou de Champagne. Autant dire que la première tentative se solde parfois par un cuisant échec : commencer la nouvelle année en s’étranglant avec du jus de raisin n’a rien de très agréable ni de très glamour. Mais avec un peu d’entraînement et de concentration, on vient à bout de sa grappe sans accident, d’autant plus que de la réussite de l’opération dépend, dit-on, la bonne fortune de l’année à venir.

En parlant de présages, la fameuse Casa Real de Correos aurait eu le mauvais œil dès les premiers jours de sa construction qui débutât en 1768. Une légende raconte que le Diable en personne serait apparu aux maçons qui y travaillaient, les dissuadant de continuer leur labeur sous peine de représailles… La raison de l’intervention du Malin ? Le roi Carlos III, commanditaire de cet élégant édifice de style classique français (qui abrite aujourd’hui le siège du gouvernement régional), avait rejeté le projet de l’architecte espagnol Ventura Rodríguez au profit du Français Jacques Marquet, apparemment un crime de lèse-majesté des ombres. Finaud, l’architecte français comprit le double sens de cette légende un tantinet xénophobe et inclut un prêtre dans son équipe de conseillers, en guise d’exorciste. Cela eut comme effet de calmer les esprits superstitieux et de claquer le bec aux détracteurs ; Jacques Marquet put achever son œuvre sans crainte de subir les foudres de l’Enfer.

Une autre tradition, indissociable de la Saint-Sylvestre à Madrid, est la course populaire de la San Silvestre Vallecana dont la première édition fut célébrée en 1964. Malgré le froid, près d’un demi-million de coureurs (il n’y en avait guère plus que 57 la première année…) se réunissent devant le stade de Santiago Bernabeu pour un parcours de 10 km qui s’achève dans le quartier de Vallecas, le tout dans une ambiance de franche rigolade. En effet, cette course s’est transformée en un véritable spectacle depuis que certains sportifs se présentent à l’épreuve avec des déguisements improbables ! Il y a des barbus qui courent en tutus ou en robes de mariée, d’autres coiffés de perruques ou de châpeaux-sapins ornés de guirlandes lumineuses…

Cinq jours plus tard, Madrid est toujours en fête avec la Cabalgata de los Reyes Magos (le défilé des Rois Mages) le soir du 5 janvier. Car, dans le respect de la tradition biblique, les Espagnols fêtent l’Épiphanie avec la venue de Gaspard, Balthasar et Melchior qui arrivent du Grand Orient, à dos de chameaux, pour apporter des cadeaux aux enfants. Vers 19h, un immense cortège coloré traverse le Paseo de la Castellana, en musique et en lançant des bonbons que les enfants s’empressent de ramasser. Sur le parcours, on pourra assister à des spectacles de théâtre de rue, de danse et de marionnettes géantes, des acrobaties et des concerts. Un total de 15 quartiers de Madrid organisent leurs propres cabalgatas ! L’année commence décidément sous de bons augures à Madrid.

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