Nathalie Pédestarres Nathalie Pédestarres

La « commune libre » de la calle de Hortaleza

Categories: Divertissement 1 mars 2017

L’ambiance bohème de la calle de Hortaleza, avec ses commerces rétros et ses galeries d’art alternatives

En plein cœur du barrio de la Justicia (le quartier de la Justice), la calle de Hortaleza offre une intéressante mixité de genres. D’anciennes librairies et boutiques de matériel pour artistes côtoient des cafés et des galeries d’art alternatives, des boutiques de designers et des commerces gays, des fast-foods exotiques et une église ouverte 24 heures sur 24, sans oublier quelques « hors-séries » architecturaux, comme le Collège Officiel des Architectes de Madrid (COAM) ou le palais de Longoria. C’est une rue qui fait presque office de « quartier à l’intérieur du quartier », avec un esprit résolument ouvert à la cohabitation sociale et aux nouvelles tendances culturelles et artistiques. 

Les Écoles Pías de San Antón accueillent aujourd’hui le siège du Collège Officiel des Architectes de Madrid.

La calle (rue) de Hortaleza doit son nom à sa fonction originelle : elle servait de voie de communication entre le centre historique de Madrid et le village agreste d’Hortaleza, aujourd’hui fondu dans la banlieue de la capitale. Cette fonction de charnière entre la ville et la campagne explique, en partie, la curieuse physionomie de la rue. Sa première moitié, exiguë, qui démarre perpendiculaire à la Gran Vía, présente une architecture populaire typique, avec ses maisons étroites aux façades austères, généralement de 4 étages, et aux fenêtres ornées de balcons. À mesure qu’on la parcourt vers le nord, la rue s’élargit et on peut voir quelques édifices cossus dont la particularité est d’avoir eu (et dans certains cas d’avoir toujours) une fonction de bienfaisance : le Colegio de Santa Isabel, fondé en 1859 pour donner un asile et une éducation à des petites filles pauvres ; les Écoles Pías de San Antón (où étudia Victor Hugo, dont le père, général de l’armée napoléonienne, avait été muté à Madrid en 1812), qui occupèrent un ancien hôpital pour lépreux ; l’ancien couvent de Santa María Magdalena, qui accueillait les prostituées voulant changer de vie et qui abrite aujourd’hui les bureaux du syndicat de la CGT.

L’église de San Antón est la seule de Madrid à être ouverte 24 heures sur 24.

En face du couvent, l’église de San Antón a la particularité d’être aujourd’hui la seule église de Madrid ouverte 24 heures sur 24. L’association caritative Mensajeros de Dios y travaille pour donner des repas gratuits ainsi que d’autres services de réinsertion aux personnes dans le besoin. Celles-ci peuvent passer la nuit dans l’église, y recharger leurs téléphones portables ou, comme Mike Reed (un artiste américain diplômé des Beaux-Arts qui est là « parce que les circonstances de la vie l’y ont mené« , comme il l’explique lui-même), y trouver l’inspiration.  L’église de San Antón est aussi, une fois par an, la scène d’un curieux rituel : la bénédiction des animaux, qui a lieu le 17 janvier, jour de la Saint-Antoine. Le père Ángel, qui officie dans l’église, affirme bénir quelque 13 000 animaux chaque année, pendant huit heures d’affilée. « J’ai vu de tout !« , plaisante cet homme affable. « Des lézards, des piranhas, et même un éléphant« . Les maîtres et leurs mascottes font ensuite trois tours dans le quartier (les fameuses « vueltas » de San Antón), accompagnés par la police montée et son unité canine, qui participent aussi à la fête.

Le 17 janvier, le jour de la Saint Antón, les Madrilènes font bénir leurs animaux de compagnie à l’église de San Antón.

Pour récolter des fonds, l’association Mensajeros de Dios vend aussi les fameux panecillos (petits pains) de San Antón, une tradition culinaire rattachée à la fête des animaux. La recette est, paraît-il, gardée secrète au sein de l’église… Il y a dû y avoir des fuites ou bien les pâtisseries traditionnelles de la calle de Hortaleza, comme Horno de San Onofre, ont sorti leur propre version, car on en trouve avec des glaçages de couleurs et des saveurs diverses. Au fil du temps, la calle de Hortaleza a vu bourgeonner de nouveaux commerces qui cohabitent avec les plus anciens : à côté de quincailleries au charme vieillot, de chapeliers et perruquiers traditionnels, de boutiques de matériel de beaux-arts et de vénérables librairies, comme celle de Pérez Galdós (fondée en 1942 par les héritiers du célèbre écrivain), on trouve des bazars chinois et des enseignes de cuisine rapide (kebabs, woks, sushis, pizzas…), des coiffeurs « fluos », des boutiques de designers et des cafés et salons de thé pour fins becs, comme Mama Inés ou encore l’Oita Café (qui sert, à mon avis, les meilleurs mille-feuilles de Madrid !). La calle de Hortaleza fait aussi partie du circuit shopping de prédilection de la clientèle gay, avec des boutiques érotiques, de mode, de sport et de nutrition et l’une des librairies pionnières dans le genre LGBT à Madrid : Berkana.

La calle de Hortaleza est l’une des rues commerçantes les plus dynamiques du quartier de la Justicia

Intérieur de la galerie Mad is Mad. Les animaux sont les bienvenus !

Façade du palais de Longoria, siège de la Société Générale des Auteurs et Éditeurs

La calle de Hortaleza a incontestablement une aura artistique et engagée grâce à l’animation que proposent des galeries d’art alternatives telles que The Malone Studio ou encore Mad is Mad, qui entendent démocratiser l’accès aux nouvelles tendances culturelles et sociales, avec des ateliers de thérapies naturelles, de dessin, des expos autour de thèmes tels que l’écologie et des présentations de livres animées par des conteurs. Pour ceux qui s’intéressent à l’architecture, une visite au Collège Officiel des Architectes de Madrid (COAM) est recommandée, ne serait-ce que pour admirer son nouveau siège signé par l’architecte Gonzalo Moure. Le Collège offre aussi des conférences et des expositions ouvertes au public, des congrès et des festivals. L’été, on peut profiter de son joli jardin et s’installer à la terrasse du restaurant gastronomique Bosco de Lobos. Un peu plus loin, on peut voir l’un des exemples les plus spectaculaires d’architecture moderniste à Madrid : le palais de Longoria. Construit au tout début du XXème siècle, il fut la résidence du banquier Javier González Longoria et abrite aujourd’hui le siège de la Société Générale des Auteurs et Éditeurs (SGAE). Tout un monde dans une rue !

 

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